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Soutenir nos enfants dans la gestion des émotions (suite...)

La plus grande difficulté dans la gestion des émotions se situe au niveau de l’acceptation de ces dernières. Il arrive fréquemment qu’un parent, avec de bonnes intentions, tente soit 1) de changer l’émotion réellement ressentie chez son enfant ou 2) de la nier en voulant carrément la faire disparaître ou 3) d’éliminer l’élément qui l’a déclenchée.
 
Reprenons l’exemple du garçon de 6 ans qui pleure au départ de son ami :
 
1. Changer l’émotion réellement ressentie :
« Hé! mon grand, tu devrais être content que ton ami soit venu jouer avec toi. »
 
2. Nier l’émotion :
« Bah! T’es pas vraiment triste. »
 
3. Éliminer l’élément déclencheur :
« Sais-tu, il serait préférable qu’il ne vienne plus à la maison puisque ça te déchire le cœur lorsqu’il quitte. »
 
Toutes ces façons de vouloir modifier l’émotion réellement ressentie chez l’enfant proviennent du malaise qu’elle déclenche chez l’adulte. Je le répète souvent : une personne qui accueille en soi, et ce sans gêne suspecte, toute la gamme des émotions 
accueillera automatiquement, et ce sans malaise aucun, toute la gamme des émotions qui habite les membres de son entourage.
 
Lorsque vous trouverez que l’émotion démontrée par un enfant n’est pas appropriée, prenez un temps d’arrêt et demandez-vous si cette constatation est liée réellement à la situation ou bien si elle ne serait pas plutôt liée à un malaise qui vous habite. Combien de fois ai-je vu, au supermarché, une mère réprimander son jeune enfant par honte de le voir pleurer en public ou même de le voir rire aux éclats. L’enfant, dans ces situations, apprend que les émotions sont sources de honte et qu’elles doivent se vivre en privé, en cercle le plus restreint possible; voilà que s’installe l’omertà...
 
Mais comment expliquer que les émotions soient ainsi sources de honte? Une piste de réflexion possible : l’apport de la culture (ou le fait d’intégrer, dès la naissance, des notions, des valeurs, des comportements qui préexiste dans l’environnement, et ce, de façon tout à fait inconsciente ou, dirait-on, de façon naturelle).
 
De fait, la culture attribue un genre à certaines émotions. Les deux émotions les plus remarquablement "genrées" sont la colère et la tristesse. Questionnons-nous : laisse-t-on la possibilité à nos garçons, autant qu’à nos filles, de démontrer leur tristesse et ce aussi longtemps qu’ils le souhaitent? Laisse-t-on l’opportunité à nos filles, autant qu’à nos garçons, d’exploser de colère ou ne craignons pas plutôt l’apparition d’une forme d’hystérie précoce! ;-)  On présuppose dans plusieurs cultures qu’un garçon doit être chahuteur et turbulent tandis qu’une fille doit être douce et posée et, par voie de conséquence, vivre les émotions idoines.
 
Il m’importe de rappeler ici que les émotions ont une base biologique et qu’elles ont été sélectionnées, il y a de cela des millénaires, pour nous sauver la vie. Les émotions peuvent et doivent être considérées comme des informations qui nous renseignent sur les événements qui se déroulent dans notre environnement. En ce sens, une information, ce n’est ni féminin, ni masculin. Ce qui m’attriste et me met hors de moi tout à la fois c’est de constater la ténacité de ces a priori culturels en observant qu’ils se transmettent toujours.
 
Suivant cette ligne de pensée, si je m’efforce à retirer une gamme d’émotions à mon enfant, c’est comme si je décidais de lui couper un bras ou une jambe. Ainsi, paradoxalement, en croyant bien faire, je me résous à ce que mon enfant ait un outil de moins pour se lancer et réussir dans la vie. Malheureusement, je constate à tous les jours les problèmes de santé mentale qu’entraînent ces ablations culturellement prescrites chez les personnes avec lesquelles j’interviens. De grâce!, laissons à nos enfants leurs bras et leurs jambes pour ne pas qu’ils aient, une fois adultes, à se procurer des prothèses …
 
Ouf! Lorsque l’on parle de la violence émotionnelle faite aux enfants, je m’embrase. Je crois que je vais aller me calmer un peu… À la prochaine!
Marc Brien, psychosociologue et animateur à Vers l’équilibre.