La capacité à ressentir les émotions

Pour que les enfants apprennent à exprimer adéquatement leurs émotions, il est essentiel qu’ils ne perdent pas leur capacité naturelle à les ressentir.
 
Nous savons que les émotions se situent au niveau de notre système limbique qui se trouve au centre de notre cerveau. Pour qu’une émotion arrive jusqu’à notre conscience, il faut d’abord que notre cerveau libère des quantités d’hormones dans notre système. Ce sont ces signaux qui permettent, par exemple, l’afflux de sang dans nos jambes pour la peur – pour fuir – ou, pour la colère, dans nos bras – pour nous défendre. Et c’est ainsi, dans une fraction de seconde, que notre corps nous dit quelle(s) émotion(s) nous ressentons.
 
Et voilà ce qui est très important que nous sachions en tant que parent ou éducateur : les émotions sont des réflexes biologiques archaïques qui ont été sélectionnés dans l’évolution de notre espèce pour notre survie individuelle et collective.
En d’autres mots, nous n’avons pas de contrôle sur l’émergence de nos émotions, car elles se déclenchent avant que notre esprit rationnel en prenne conscience.
 
Malheureusement, pour plusieurs d’entre nous, nous avons désappris ce que notre corps sait depuis l’aube de l’humanité pour tenter – tant bien que mal – d’ajuster nos émotions aux diktats sociaux, culturels ou familiaux.
Exemple : Je suis un enfant de 6 ans et mon parrain chéri me donne, pour mon anniversaire, un cadeau que je considère, pour le moins, sans intérêt. Je me mets à pleurer et à frapper le jouet. Par pur réflexe, mon papa me donne "gentiment" une claque derrière la tête en me disant quelque chose du genre « à cheval donné on ne regarde pas la bride »; je ne comprends absolument pas qu’est-ce qu’un cheval vient foutre dans l’histoire, mais je comprends quelque chose, et ce, sans équivoque : mon papa ne m’aime pas quand je vis de la colère et de la déception et, surtout, je ressens sa honte de moi. Et c’est ça qui me tue! Et j’apprends ainsi à me couper de mes émotions véritables en me disant que mon papa c’est le plus fort et que lui il sait. En conséquence, je me dis que c’est moi qui suis génétiquement taré! Et si je ne veux pas qu’il me donne en adoption et probablement en mourir, je ferais bien de refouler au plus profond ce que je ressens vraiment et je n’aurai, dans quelques décennies, qu’à débroussailler tout ça en psychothérapie… ;-)
Une fois adulte, certaines émotions auront ainsi été mises à l’index. De façon stéréotypée, on peut dire par exemple que les hommes auront appris à exprimer de la colère lorsqu’ils ressentent de la tristesse et les femmes, à l’inverse, à exprimer de la tristesse lorsqu’elles ressentent de la colère. Dès lors, nous avons le devoir comme adulte de nous reconnecter aux signaux que nous envoie notre corps pour départager nos émotions réelles de nos émotions socialement adaptées. Ainsi, nous pourrons éventuellement accueillir nos propres émotions sans trop de honte afin de permettre à celles de nos enfants d’exister dans toute leur spontanéité.
 
Je sais, je sais, je vous entends dire : « Mais, on ne sait pas plus comment soutenir nos enfants dans l’expression adéquate de leurs émotions!?!? » Et je répondrais que vous avez raison, car c’est un sujet qui mérite un texte à lui seul. On se dit alors à la prochaine…
Marc Brien, psychosociologue et animateur à Vers l’équilibre.